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Histoires d'entrepreneurs - Portrait de Clarisse Vilain (ISA 2017)

15 mars 2022 Portrait
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Quel a été ton parcours à l’ISA : formation /spécialité, vie associative, projets, stages ? 

Je fais partie de la super (!) promo 50. J'ai suivi le cycle ingénieur pour la Terre et me suis spécialisée en marketing. J'ai ensuite choisi le DA "Innoval" avec Flore Rataj, pour la combinaison "marketing" et "innovation" qui stimulait bien la créativité !

Côté associatif, j'ai eu beaucoup de plaisir à m'investir dans les différentes associations, notamment dans le BDP, puis Flash'ISA et Puls'AE. Ce sont vraiment de très chouettes souvenirs qui ont façonné celle que je suis aujourd'hui. 

Enfin, mes stages ont été aussi divers qu'enrichissants : d'abord avec une immersion dans une exploitation laitière, puis dans un fumoir de saumon, ensuite pour le SAI, dans une entreprise de consulting en Nutrition ... J'ai également vécu deux aventures plus exotiques. D'abord lors de ma rupture au Cambodge, durant laquelle j'ai pris part à une organisation à but non lucratif. Puis un semestre d'étude à Hong Kong suivi d'un tour en autonomie dans une dizaine de pays d'Asie, sac à dos sur le dos. Pour conclure, j'ai décroché le MFE de mes rêves chez Bjorg, Bonneterre et Compagnie, dans le service marketing. Toujours aussi passionnée par la nutrition et l'innovation produit, je serais bien restée Chef de Produit à Lyon à l'époque ! 

 

Quel est ton parcours professionnel depuis ta sortie de l’ISA ?

Après mon diplôme, j'ai conjugué recherche d'emploi et CDI à temps plein dans une des boulangeries du Chef Thierry Marx. La mise en valeur des produits de qualité, la proximité avec l'artisanat ainsi que le plaisir insoupçonné que j'ai éprouvé auprès de la clientèle, ont fait évoluer mes certitudes et ma "course au premier travail d'ingénieur". 
Je devais rester 1 mois ... mais j'y suis restée 1 an ! 

J'ai quitté la boulangerie pour suivre une formation intensive en création de contenu photo et vidéo culinaires à destination des réseaux sociaux qui m'a aidé à légitimer cette passion sur mon CV. Elle a aussi débouché sur un stage dans l'agence de communication Braaxe à Paris spécialisée en réseaux sociaux.

Alors même que j'étais stagiaire et sans le chercher, mon premier poste d'ingénieur est arrivé !  
Je suis devenue Chef de projet chez Becom! une agence de communication spécialisée en nutrition, restauration collective et développement durable. Ceci m'a mené à découvrir l'univers de la restauration collective à l'hôpital ou en maison de retraite, de co-créer avec plein d'intervenants très différents (chefs, journalistes, interprofessions, médecins, patients, ...) et de contribuer à mon humble échelle à souligner l'importance de l'alimentation dans un processus de guérison.  

J'ai quitté l'agence fin 2019, pour lancer mon activité d'indépendante. J'ai d’abord gardé quelques missions de mon activité salariée en freelance avant de me consacrer à mes propres clients. Depuis je suis freelance à temps plein avec plusieurs casquettes : photographe/vidéaste, rédactrice, consultante, professeur, cuisinière, actrice (!), comptable, ... 

 

Comment ta formation a-t-elle aidé dans la concrétisation de ton projet ?

A l'ISA, on se constitue une sacrée boite à outils ... A nous d'en faire ensuite ce dont on a envie ! 
Les deux premières années n'ont pas été faciles. Je me souviens de Sebastien Malesys qui m'avait dit tout au début : "Tu es trop artiste pour être ingénieure et trop ingénieure pour être artiste". Cette phrase m'a permis de faire face à la réalité en soulevant des questionnements pertinents. J'en profite donc pour lui dire un grand MERCI, s'il lit ces lignes !  
J'ai créé mon compte Instagram assez vite après cette discussion et j'ai poursuivi mon exploration de la photographie pour pallier cette forme de frustration. 

J'ai découvert le Marketing en 3e année. Les cours de Julie Christiaen m'ont passionné et ont marqué un vrai tournant ! 
J'ai aussi beaucoup apprécié tous nos passages dans la halle technologique.
Les différents stages m'ont permis d'être un petit "couteau suisse", de m'adapter à tous les environnements et types de clients. Je comprends leurs problématiques (logistiques, industrielles, la réalité d'un service marketing / communication, les délais de validation en interne ...). Je ressens que mes clients sont rassurés qu'on partage le même vocabulaire et des compétences dans le domaine. Enfin, je dois ma rigueur et mon organisation à mes 5 ans à l'ISA !

 

Pourquoi avoir choisi l’entrepreneuriat plutôt que le salariat ? 

C'est aujourd'hui une évidence ... mais ça ne l'a pas toujours été !

Paradoxalement, j'ai toujours beaucoup manqué de confiance en moi (c'était systématiquement ce qui ressortait à l'issu de mes stages ISA !). Jamais je ne pensais devenir indépendante (aussi vite) ! 

Je n'ai pas vraiment eu le choix : les prémices d'un burn out ont accéléré les choses et parallèlement, une fenêtre s'est ouverte. J'ai eu la chance de remporté 2 concours de photographie culinaire amateur et d'être de plus en plus contactée pour des contrats rémunérés sur Instagram, sans même pouvoir facturer quoi que ce soit légalement... Je me suis surprise à rêver un peu de me lancer dans le domaine. 

Avec du recul ce statut correspond très bien à ma personnalité car j'aime être sur un pied d'égalité avec mes interlocuteurs, je n'ai pas de mal à me motiver à travailler (samedi et dimanche compris il faut l'avouer !). J'aime par-dessus tout la liberté de sauter d'un projet à l'autre pour ne jamais avoir de routine définie, d'être dans un rythme effréné et avoir le luxe de choisir avec qui je souhaite collaborer. À tout moment, je suis en mesure de faire un pas de côté et de réajuster ma stratégie, de me remettre en question, d'apprendre et de progresser en étant systématiquement la seule responsable du navire. C'est un challenge quotidien ! Je soigne également mon manque de confiance en repoussant mes limites... Et j'arrive parfois même à éprouver de la fierté lorsque mon travail est apprécié par mes clients !

 

Quelles sont les difficultés auxquelles tu ne t’attendais pas ?

La première difficulté à laquelle j'ai été confronté est le 1er confinement qui a débuté très vite après mon lancement. Tous mes contrats ont été annulés en 48h (le choc !) et je n'ai pas pu prétendre aux aides de l'état sans historique de facturation. Ces quelques mois ont été durs moralement, j'ai beaucoup culpabilisé et eu assez peur, mais je me suis raccrochée à la passion. J'ai travaillé énormément pour faire de ce "temps de pause imposé", un vrai tremplin pour me lancer : entrainement de photographie, documents de présentation, prise de contact, etc. A la fin du confinement, j'étais plus fatiguée que jamais et je pense être une des rares personnes qui aurait (presque) aimé que ça continue encore quelques jours !

Également, lorsqu'on est indépendant il faut être un vrai couteau suisse. Je pensais par exemple naïvement que la création de recettes et les shootings occuperaient 70% de mon temps. Dans les faits, c'est plutôt 40% du temps et le reste est plus logistique ou administratif. La "paperasse" est chronophage et il faut en avoir conscience. 

La plupart de mes interlocuteurs ont un emploi en CDD ou CDI, ils ne se rendent parfois pas compte des réalités du travail de freelance. Dans ce domaine assez particulier, beaucoup considèrent encore que la passion rime avec bénévolat. J'ai par exemple toutes les semaines des propositions de "visibilité sur mon compte Intagram en échange de produit". Evidement je dois les décliner pour ne pas casser le marché ... mais aussi car jusqu'à preuve du contraire, je ne peux pas encore payer mon loyer en paquets de riz ou de pâte à tartiner (même biologiques, éthiques et super qualitatifs !).

Je détestais parler "finance", mais j'ai dû m'y faire : je dois souvent justifier mes prix, parfois refuser des contrats, être didactique et faire preuve de diplomatie pour vivre de mon activité ... 

L'environnement est très concurrentiel. Pour une personne qui n'est pas compétitrice dans l'âme et dont ce n'est pas la formation initiale il est souvent très difficile de ne pas ressentir le syndrome de l'imposteur ! Des formations complémentaires (photographie, retouche, lumière, ...) aident à se sentir plus légitime.  

Lorsqu'on travaille comme moi depuis la maison les interactions humaines sont rares et la solitude est parfois pesante : je n'ai pas de collègue et ne communique avec mes clients que par mail. Il me semble donc super important de sortir et de voir du monde en dehors, sous peine de devenir ... chèvre ! 

Je suis quelqu'un de très (trop !) perfectionniste, aussi, je ne m'attendais pas à avoir une "cheffe" si exigeante et une telle conscience professionnelle ! Malgré presque 3 ans d'activité, j'ai encore du mal à poser les limites de la vie professionnelle et personnelle. Toutefois j'ai des revenus très variables et il m'a fallu 2 ans pour établir une grille tarifaire correcte (en gardant en tête que facturer 100 euros revient à empocher 50 euros une fois que les charges sont payées !). 

En faisant le choix d'un métier passion, il sera difficile d'obtenir un jour le même salaire et le confort que j'avais en CDI, mais tant que je n'ai pas d'enfant ou de prêt, j'en profite pleinement.  

Je travaille un peu plus de deux temps pleins par semaine actuellement, mais si je veux tenir la cadence sur le long terme, je vais devoir lever le pied ou me faire plus confiance et augmenter mes tarifs !

 

Qu’est-ce qui t’a amené à changer de vie ?

Je n'ai pas réellement changé de vie, j'étais en équilibre instable et assez frustrée au quotidien. J'aime comparer mes expériences passées aux pièces d'un puzzle en pagaille et l'activité à mon compte à la main qui leur a donné une structure. Cette structure n'est pas du tout figée, elle évolue au gré de mes remises en question et évoluera certainement encore au fil du temps. 

 

Quel est le cœur de métier de ton entreprise ?

Au centre de mon activité, il y a ma mission "contribuer à rendre l'alimentation plus saine et durable pour les hommes et leur environnement". Elle me guide depuis l'ISA, dans tous mes choix.
Parmi la multitude de solutions pour y parvenir, j'ai choisi de concilier gourmandise et visuel. L'idée étant avant tout d'inciter tout un chacun à prendre en main son alimentation, à faire des choix éclairés et, je l'espère à y éprouver du plaisir. 
Ainsi, "la création de contenu à destination des réseaux sociaux" résume la majeure partie de mon activité : je m'approprie un produit X d'un client (agro-alimentaire), crée une recette, photographie, rédige un argumentaire et poste sur mon compte personnel. 

Le client utilise ce contenu également sur ses réseaux, parfois sur ses packagings. 

Depuis 1 an, des clients me demandent également de créer en "marque blanche", c'est à dire qu'ils publient mon travail sans me citer. C'est le cas notamment avec des restaurants, des marques d'ustensiles de cuisine ou avec une agence spécialisée en santé pour laquelle je crée des contenus pour des patients atteint de diabète ou d'ostéoporose.    
L'évolution rapide des formats sur les réseaux, entraine des demandes différentes des clients : de plus en plus de vidéos, des stop-motions, des prises de sons, des tutoriels etc. 

Récemment, j'ai eu la chance de réaliser les photos d'un livre de cuisine. Une sorte de rêve de petite fille qui marquera, je l'espère, le début d'une nouvelle piste de développement de mon activité ! 

 

Comment as-tu eu l’idée et l’envie de créer cette entreprise ?

Comme je le disais, mon compte Instagram est né lors de mes études. Pour la petite anecdote, j'habitais à 5min de l'ISA et tous les midis, sur l'heure de pause, je fonçais chez moi cuisiner quelque chose, le mettre en scène et le photographier avec mon téléphone. J'avais à l'époque des soucis d'intolérances alimentaires qui m'imposaient un régime très strict : 18 des aliments les plus consommés m'étaient interdits ... Un vrai casse-tête ! Sur Instagram, j'ai voulu prouver que malgré le challenge, c'était possible. La notion de partage a donc été le moteur numéro 1 !
Assez vite j'ai collaboré gracieusement avec des marques. Avec le temps, la demande de création s'est intensifiée. C'était si chronophage que pour continuer il a fallu que j'ose en tirer une rémunération comme les autres créatrices de contenus ou photographes culinaires qui vivaient de leur activité sur les réseaux.  
En prime, les encouragements de mes proches qui voyaient le plaisir et l'épanouissement procurés, ont été très bénéfiques. 

Aujourd'hui, l'envie de partager est toujours au centre de mon activité, j'y ajoute un effort pour rendre cela aussi esthétique, instructif et inspirant possible. 

 

Tes conseils pour se lancer dans l’aventure ? 

Avant de se lancer, il faut vraiment vérifier la compatibilité d'une activité indépendante avec son caractère et sa manière de fonctionner car tôt ou tard, le naturel revient au galop ! Il n'y a aucun jugement de valeur ici, mais être à son compte n'est pas fait pour tout le monde. C'est assez tumultueux : il ne faut pas avoir peur de retrousser les manches, d'être seul et de sortir de sa zone de confort, tout en mesurant les risques et assurant ses arrières perpétuellement. 

Une bonne préparation en amont permet d'être beaucoup plus armé : l'intuition c'est bien ... mais l'étude de marché, c'est mieux ! Quand on est à son compte, "le temps c'est de l'argent" est encore plus vrai. Il me semble donc judicieux de se former et de solliciter des personnes plus expérimentées pour aborder toutes les questions qui nous taraudent.
Par ailleurs, avant de se lancer il faut mettre de l'argent de côté car le démarrage peut être (très) rude. 

Enfin, inutile de s'arrêter à son manque de confiance ou à ses doutes (si j'ai réussi, tout est possible, car je pars de très loin !). Il faut garder foi en l'idée qu'une passion peut devenir un métier, sans culpabiliser de ne pas être exactement à la place à laquelle on était destiné, car rien n'arrive au hasard ! Si vous avez l'envie, la motivation suivra, vous apprendrez énormément et découvrirez une part de compétence insoupçonnées. 

 

Selon toi, quelle est l’importance du réseau ?

Le réseau est essentiel, on ne s'en rend pas forcément compte quand on nous le dit et répète, il faut l'expérimenter !

D'abord, de manière très directe certains ISA sont devenus des clients ! Ils ont eux-mêmes parlé de mon travail au sein de leurs entreprises et cela m'a permis de développer mon activité plus vite. Je pense par exemple à Astrid, Claire, Alicia, Emma et maintenant Cécile chez Soufflet Alimentaire, à Anne chez Jean Bouteille, ou plus récemment à Estelle, Pierre et Paul à La Cense. J'éprouve un plaisir encore plus fort à travailler pour eux car nous avons un lien différent.  
Également, grâce à mon réseau personnel sur Instagram et LinkedIn, je n'ai jamais eu de démarchage à faire. C'est une vraie chance ! Les clients viennent me trouver la plupart du temps en étant abonnés à mon compte Instagram ou en ayant vu mes réalisations. Nous pouvons correspondre instantanément, parfois de manière informelle. Cette proximité permet de gagner beaucoup de temps pour évaluer la compatibilité de mon profil avec certaines missions. 

Enfin, j'ai beaucoup de chance d'être encouragée par des ISA, des proches ou des amis sur Instagram, grâce à des commentaires ou des partages toujours très bienveillants. Ils contribuent à la notoriété de @BetterClaf , et assurent que mon profil soient valorisé par l'algorithme d'Instagram et donc plus visibles par les agences et clients potentiels. Merci à eux ! 




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2 Commentaires

Jean-Pierre LEGRAND (Ingénieur ISA, 1969)
Il y a 8 mois
Bien que 48 ans séparent nos promotions et que ma carrière est derrière moi, j'ai lu avec beaucoup d'intérêt le récit de ton évolution professionnelle. J'ai beaucoup apprécié ta franchise et ta passion. Je vais m'empresser de te faire lire à mes petits enfants, actuellement en étude supérieure (pas à l'ISA...) , car ton expérience est enrichissante.
Je te souhaite de continuer à t'épanouir dans tout ce que tu fais.
Louis COCHET (Ingénieur HEI, 1958)
Il y a 1 mois
Louis COCHET (Ingénieur HEI, G58)
Si jeune et autant d'expériences enrichissantes.
J'admire ton parcours et ta persévérance.
Bon courage.

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